Chapitre 3-1 – Ingrédients
Rintam l’ambitieux n’était pas du genre à abandonner suite à plusieurs échecs, mais il devait tout de même attendre d’avoir fait le plein d’ingrédients magiques, avant de recommencer à voyager d’un monde à l’autre. Rintam en allant à la cave du donjon, se rendit compte que ses réserves commençaient à être minces, et que certains ingrédients vitaux pour ses rituels de sorcellerie manquaient. L’ambitieux vit quelque chose dans la cave, qui causa chez lui une accélération du rythme cardiaque, le remplit de joie, le mit de très bonne humeur.
Rintam n’était pas en train de tomber amoureux, ou de voir quelqu’un qui lui était cher, en fait il contemplait une banale pièce de monnaie en fer. L’ambitieux rangea la pièce dans sa réserve d’argent, un endroit qu’il s’était arrangé à rendre le plus difficile d’accès possible pour les voleurs. Ainsi il y avait plus d’une centaine de pièges et, des dizaines d’alarmes magiques qui protégeaient la réserve. De plus des têtes de malheureux qui tentèrent de s’approprier l’argent de Rintam l’avare, ornaient le couloir qui menait aux immenses richesses du radin.
La joie de l’ambitieux fut de courte durée quand il eut la curiosité de consulter son livre de compte, il vit que la dernière dépense mensuelle du donjon s’avérait de mille pièces d’or. L’ambitieux estimait que Gron le gobelin son assistant faisait preuve d’une négligence coupable, dans sa gestion des comptes. Par conséquent Rintam allait négocier lui-même les achats importants. Il rencontra dans la salle de trophée son assistant pour lui communiquer la nouvelle. Il s’agissait d’un lieu dévolu à célébrer les victoires militaires de l’ambitieux.
Rintam fit construire une grande pièce de plus de mille mètres carrés pour contenir des témoignages tels que des bannières ennemies. Même si pour l’instant la salle était désespérément vide. En effet même le village voisin de Lofen qui n’avait pour atout principal qu’un mage doué ne tomba pas face à l’ambitieux.
Rintam avait de bonnes tactiques mais son armée de bras cassés quand on leur parlait de stratégie demandait souvent si cela se mangeait. Les murailles de bois pas très bien conçues de Lofen, et sa milice constituée essentiellement de paysans peu entraînés pour la guerre suffirent à causer des défaites répétées pour l’ambitieux. Il fallait dire que des subordonnés orques qui arrêtaient par moment une charge pour manger alors qu’ils étaient à portée de tir de l’ennemi, cela n’aidait pas.
Rintam : Gron je vais à la ville de Xapar, acheter des bougies pour mon rituel de voyage dimensionnel.
Gron : Normalement c’est moi qui me chargeais de cette tâche, pourquoi vouloir vous en occuper ?
Rintam : Parce que tu es bien trop gentil avec Elilim, le vendeur d’articles magiques de Xapar, tu acceptes beaucoup trop facilement ses prix chers.
Rintam de mauvaise humeur partit vite sans chercher à écouter le reste des mots de Gron.
Gron : Le problème est que le vendeur qui vous énerve est un archimage. Zut maître Rintam ne m’a pas écouté.
Rintam prenait un gros risque, s’il se montrait trop intransigeant avec Elilim l’archimage redoutable. En effet Elilim était une personne capable de désintégrer d’un claquement de doigt Rintam. De plus l’archimage ne risquait pas d’avoir de problèmes de conscience à annihiler quelqu’un comme l’ambitieux. Il avait tué des centaines de pratiquants des arts mystiques sombres, sans éprouver le moindre remords. L’archimage était en quelque sort le gardien de la région où il vivait, cependant il n’était pas spécialement célèbre, hormis auprès des amateurs de surnaturel.
Elilim s’arrangeait pour préserver son anonymat, quand il barrait la route à un sorcier. Cela le mettait à l’abri d’une vengeance, et empêchait ses ennemis de se coaliser contre lui. Quand l’archimage réclamait la récompense pour un sorcier criminel, il modifiait par magie sa voix, et portait un masque qui lui couvrait l’intégralité du visage. En outre pour abuser plus facilement ses ennemis et ses admirateurs, Elilim augmentait sa taille, afin de passer d’un mètre quarante à deux mètres, et se construisait une identité alternative.
Elilim ne considérait pas Rintam comme une menace majeure, mais surtout sa dette à l’égard de la famille de Gron, l’empêchait de mettre à mort l’ambitieux. La traque des sorciers maléfiques était une tâche que prenait très à cœur Elilim, car sa mère fut victime d’un pratiquant des arts magiques sombres. De plus l’archimage ressentait un réel plaisir à tuer des mages sombres, il voyait cela comme une activité salutaire, qui le rendait très utile pour la communauté.
Parfois une partie de son esprit lui soufflait d’annihiler Rintam, mais il renonçait rapidement à cette idée. L’ambitieux jouait souvent les terreurs, mais il était vu comme plus amusant que dangereux. Rintam avait de l’intelligence, mais aussi des subordonnés souvent débiles, et sa capacité à lancer des sorts s’avérait assez aléatoire. Elilim jugeait que l’ambitieux aurait davantage d’avenir comme clown que comme tyran.
Rintam : Bonjour monsieur Elilim, je voudrais cent bougies noires s’il vous plaît.
Elilim : Cela vous coûtera cent pièces d’argent.
Rintam : Comme je suis dans un bon jour, je veux bien vous en donner cinquante pièces d’argent.
Elilim : Mais bien sûr je vais diminuer de moitié mes prix, juste parce que sa majesté l’exige. Dégagez de ma boutique si mes tarifs ne vous conviennent pas.
Rintam : Vous devez ignorer qui je suis, pour me parler sur un ton qui n’est pas respectueux.
Elilim : Je vous connais, vous êtes Rintam le rigolo, le clown qui se prend pour un grand, mais dont les compétences sont très petites.
Rintam : Je suis capable de voyager entre les dimensions, seul un mage très talentueux peut réaliser ce genre de performance.
Elilim : Inutile de chercher à m’impressionner, je sais que c’est votre grimoire votre principale source de puissance. Sans ce puissant artefact magique vous n’êtes pas grand-chose.
Rintam : Même sans mon grimoire je peux vous corriger sans trop d’efforts.
Elilim : J’aimerais bien voir comment un sorcier pitoyable tel que vous, pourrait gagner face à un archimage.
Rintam : Moi Rintam le puissant, l’impitoyable, le courageux, le sanguinaire, celui qui ne connaît pas la peur, fait trembler de terreur les plus braves, je vous présente mes excuses.
Elilim : Comme je suis dans un bon jour, je veux bien vous pardonner. Mais si dans le futur vous me manquez encore de respect je serai contraint de sévir.
Rintam : C’est très clair, voici cent pièces d’argent pour les bougies, au revoir monsieur.
Rintam l’ambitieux rumina de sombres pensées, durant son trajet de retour vers son donjon. Il avait clairement des envies de meurtre à l’égard d’Elilim l’archimage elfe. Il se demandait s’il ne devrait pas envoyer des orques saccager la boutique de l’archimage, ou le tuer. L’ambitieux n’en revenait pas qu’Elilim ait eu l’outrecuidance d’exiger des excuses de sa part. Ce comportement déplorable méritait une sanction exemplaire. Rintam avait l’intention de mettre au point une vengeance terrible, il voulait faire souffrir atrocement l’archimage. Pendant sa marche il réfléchit sur un bon moyen de riposte, il pouvait faire rapetisser Elilim afin qu’il mesure moins de vingt centimètres, cela constituerait un bon début. L’elfe était déjà complexé par sa taille, s’il devenait encore plus petit, son malaise s’amplifierait.
Ou alors Rintam dénoncerait Elilim aux impôts, il rédigerait une jolie lettre accusatrice stipulant que l’elfe ne payait pas ses taxes. Qu’il était une personne riche qui cherchait à vivre dans le luxe en ayant un régime minimum de dépenses, en arnaquant les autorités.
Non Rintam estimait qu’il pourrait faire mieux, il volerait les culottes de l’elfe et les remplacerait par son stock de caleçons avec des motifs de cœur. Ainsi il embarrasserait son ennemi et il se débarrasserait d’un stock de vêtements non portés crées par magie. En ce moment Rintam était très doué pour générer des caleçons au lieu de boules de feu ou d’éclairs. Il ne comprenait pas pourquoi, mais durant ses entraînements au lieu de brûler souvent des mannequins en paille il renouvelait fréquemment sa garde-robe sans le faire exprès.
Rintam avait surtout peur, alors il revoyait à la baisse la nuisance de ses ripostes contre Elilim par volonté de survivre.
Finalement après mûres réflexions, Rintam décida de suspendre ses projets de vengeance. En effet le remplaçant de l’archimage, pourrait augmenter légèrement les tarifs de la boutique de magie.
Rintam trouva Gron dans un couloir de son donjon, l’assistant demanda rapidement des nouvelles.
Gron : Comment ce sont passées les courses chez l’archimage, maître ?
Rintam : Très bien, l’archimage a tout de suite compris ma supériorité. Bon maintenant il faut aller pêcher un brochet du lac Kinor.
Gron : Puis-je vous accompagner maître ?
Rintam : Tu t’y connais en pêche ?
Gron : J’ai plusieurs dizaines d’heures de pratique.
Rintam : Mais encore ?
Gron : Je sais que pour pêcher du poisson, il faut que la canne à pêche soit orientée vers l’eau et non la terre.
Rintam : C’est la base de la base. Mais autrement possèdes-tu des aptitudes avancées pour capturer des poissons ?
Gron (très content de lui) : Je sais depuis hier que l’enclume de fer n’est pas l’hameçon le mieux adapté.
Rintam : Hein ?
Gron : Quand une enclume de métal de cinquante kilos est accrochée à une canne, il faut que trois à cinq gobelins joignent leur force pour arriver à la lancer. Mais j’ai découvert après plusieurs dizaines d’essais des appâts plus légers, notamment les enclumes en cuivre de quarante kilos.
Rintam : Je sens que notre pêche va être épique. Bon suis moi.
